“Retour de Taiwan”
Galerie Arcanes du 2 décembre 2004 au 15 janvier 2005
Mise à jour du 06.01.05.
   



 

Galerie Arcanes
11, rue de Lille
75007 Paris
01 40 20 49 59


 
  Jean Girel

 

 

 De retour de Taiwan

Invité par le musée de Taipei pour le tournage d'un film, j'ai pu pendant six semaines regarder, caresser, questionner en tête à tête les pièces qui représentent pour moi depuis trente ans le sommet de l'art céramique, et que je ne connaissait que par les livres . Je pense en particulier aux Ju, ces formes simples à la couverte mythique " bleue comme le ciel après la pluie ", destinées à l'usage exclusif du dernier empereur des Song du nord Huizong, le calligraphe rêveur fou de céramique. Je pense aussi aux successeurs des Ju, les Guan de Chine du sud, onctueux, si proches de la lumière du jade ancien.
J'ai mesuré alors combien le céladon était à même d'assouvir cette fascination pour les mutations des éléments qui est le propre de l'âme chinoise ; j'ai surtout découvert les jades archaïques, inspirateurs du céladon. Il y a deux sortes de jade : la jadéite, d'utilisation récente, qui est plutôt brillante, tandis que la néphrite, matériau du jade antique, est d'une lumière plus douce, d'une couleur changeante. Devant la qualité d'épiderme et la profondeur des ces jades anciens, paysagés, veinés, envahis de plages de fer oxydé, il m'est apparu évident que le céladon fut pour les Song la voie royale pour atteindre cette lumière, cette ambiguïté du minéral et du liquide - la couleur verte et la monochromie n'étant qu'une conséquence de cette quête et non son but. L'intuition, venue par bribes tout au long de mon parcours de céramiste, qui me faisait dire un jour : " Je voudrais des céladons roses… " est devenue certitude : le céladon, la réduction, le fer, ne sont pas une fin, mais des moyens parmi d'autres d'accéder à la poétique élémentaire des pierres polies. L'oxydation, le manganèse, le chrome, les épaisseurs, les superpositions, en sont d'autres, peut-être plus aptes à développer un équivalent pictural des textures et des couleurs qui sourdent des profondeurs de la matière.
Cette exposition " Retour de Taiwan ", entièrement placée sous le signe du minéral, tourne pour moi la page des années consacrées exclusivement au fer, céladons et noirs. Paradoxe d'un pèlerinage aux sources du céladon, qui me dicte aujourd'hui un autre chemin…
Elle marque aussi le début d'une réflexion sur le rapport entre la forme, la matière, l'ornement, le sens…
La forme cosmique des jades, avec leurs disques " bi ", ronds à l'image du ciel, les parallélépipèdes " cong " carrés comme la terre, le bestiaire fantastique des bronzes rituels posent la question de la fonction de l'art, au-delà de l'esthétique et encore plus du décoratif : moyen de communication direct avec l'univers, et éclairent peut-être les raisons mystérieuses qui m'ont fait un jour préférer la céramique à la peinture. >Jean Girel.

Jean Girel Droits de reproduction et de diffusion réservés © 2004
 
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